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<p><sous-titre>XIV</sous-titre> <sous-titre><italique>Où il est prouvé qu’<personne>Éva</personne> n’est pas la fille du braconnier <personne>Joseph</personne>, mais sans que l’on sache de qui elle est la fille<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] Ce chapitre a été publié dans les numéros du Siècle du 12 et du 13 janvier 1870.</annotation_genetique_edition></italique></sous-titre></p>
<p>Le lendemain du jour<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [Le lendemain du jour] "Le lendemain d'un jour"</annotation_genetique_edition> où les questions d’<personne>Éva</personne> étaient devenues plus pressantes, le docteur résolut, coûte que coûte, de faire une démarche pour se renseigner.</p>
<p>Il envoya <personne>Scipion</personne> à <personne>Joseph</personne> ; <personne>Scipion</personne> avait un billet au cou. <personne>Jacques</personne> disait au braconnier :<nouvelle_ligne/>« Demain, au point du jour, je serai chez vous avec mon fusil. J’ai besoin de gibier. »</p>
<p>Le lendemain, à six heures du matin, <personne>Jacques Mérey</personne> était à la cabane de <personne>Joseph</personne>.</p>
<p>On partit, on tira quelques coups de fusil, on tua un lièvre, deux faisans, trois ou quatre lapins, que <personne>Scipion</personne>, à qui ses nouveaux talents n’avaient rien fait perdre des anciens, rapporta tout joyeux.</p>
<p>L’heure du déjeuner arriva ; on s’assit sur l’herbe, et <personne>Jacques Mérey</personne> tira de son carnier<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Carnier : Sorte de sac pour porter le gibier tué pendant la chasse. (Littré, à carnassière).</annotation_topique_precision> du pain, des fruits, un morceau de jambon, une gourde de bon vin.</p>
<p>Lorsque quelques gorgées de cette liqueur à laquelle il goûtait si rarement eurent mis <personne>Joseph</personne> en belle humeur, <personne>Jacques</personne> entama avec le braconnier le chapitre d’<personne>Éva</personne><span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [Jacques entama avec le braconnier le chapitre d'Éva] "Jacques mit le braconnier sur le chapitre d’Éva"</annotation_genetique_edition>.</p>
<p><personne>Joseph</personne>, lui dit-il, il y a longtemps que tu n’es venu voir la petite.</p>
<p>Le braconnier haussa les épaules.</p>
<p>Que voulez-vous ! dit-il, ça me retourne le cœur quand je la vois.</p>
<p>Elle a beaucoup grandi et beaucoup embelli depuis quatre ans, mon cher <personne>Joseph</personne>, continua <personne>Jacques</personne>.</p>
<p>Qu’importe, reprit Joseph, si elle ne parle pas ? <personne>Samuel Simon</personne>, le crétin de la <lieu>rue de l’Écluse</lieu>, lui aussi, parle : il dit <italique>papa, maman.</italique> À quoi ça l’avance-t-il ?</p>
<p><personne>Éva</personne> parle, et parle bien, je t’assure, <personne>Joseph</personne> ; elle est même très savante.</p>
<p>Mais elle reste du matin au soir dans un fauteuil, comme <personne>Samuel Simon</personne>.</p>
<p>Non, elle marche et elle court très légèrement.</p>
<p>Ça me fait plaisir, ce que vous me dites là, monsieur <personne>Jacques</personne> ; car la pauvre petite, je m’y étais attaché, tout idiote qu’elle était, et je l’aimais comme si j’étais son père.</p>
<p>Quoi que vous ne le fussiez point<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [Quoi que vous ne le fussiez point] "Quoique vous ne le fussiez point"</annotation_genetique_edition>, n’est-ce pas, <personne>Joseph</personne> ?</p>
<p>Le braconnier changea de couleur ; il avait, malgré lui et sans y songer, laissé échapper son secret.</p>
<p>Je crois que j’ai dit une grosse bêtise ! fit-il.</p>
<p>En m’avouant que tu n’étais pas son père ? Il y avait longtemps que je le savais.</p>
<p>Comment cela ? demanda naïvement le braconnier.</p>
<p><personne>Jacques</personne> haussa les épaules :</p>
<p>Espérais-tu me cacher quelque chose, à moi ? N’as-tu pas entendu dire de par la ville que je faisais des miracles, que je savais tout, comme le Bon Dieu ? Comment veux-tu que celui qui donne de l’esprit à la matière n’en ait point assez lui-même pour lever les voiles d’une intrigue et pour pénétrer un secret ? Entre nous, <personne>Joseph</personne>, je crains bien que ce secret ne soit sinon un crime tout à fait, du moins une abominable action<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [je crains bien [...] du moins une abominable action] "je crains bien que ce secret soit non pas un crime tout à fait, mais une abominable action"</annotation_genetique_edition>.</p>
<p>Comment cela, monsieur <personne>Jacques</personne> ?</p>
<p>Les parents de la pauvre <personne>Éva</personne> auront voulu se débarrasser d’un être inerte et inutile, au lieu de se dire que la nature ne produit rien d’inutile et d’inerte<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [rien d'inutile et d'inerte] "rien d'inutile ni d'inerte"</annotation_genetique_edition>, et de tâcher de faire ce que j’ai fait, c’est-à-dire de tailler la chair avec la science, comme le sculpteur taille le marbre avec son ciseau. Ils auront pensé d’abord à la jeter dans quelque étang, ou à l’étouffer entre deux matelas, mais la peur les aura retenus ; peut-être savait-on qu’ils avaient cette enfant ! En tout cas, Dieu le savait ! À défaut de la justice des hommes, ils ont craint la justice de Dieu !</p>
<p>Sans approuver tout à fait, <personne>Joseph</personne> fit un signe de la tête qui semblait dire : « Vous pourriez bien avoir raison. »</p>
<p>Tu as pensé quelquefois à cela, n’est-ce pas, <personne>Joseph</personne> ?</p>
<p>Oui, répondit le braconnier, et j’avoue que ce n’est pas sans inquiétude.</p>
<p>Eh bien, le moyen de te rassurer, dit le docteur, c’est de me raconter franchement tout ce que tu sais de cette jeune fille et de sa naissance.</p>
<p>Je ne demanderais pas mieux, monsieur <personne>Jacques</personne>, car vous nous avez rendu un grand service et à elle aussi ; mais...</p>
<p>Mais quoi ?</p>
<p>Mais si ce que je vais vous dire allait me compromettre et nuire à l’enfant ?</p>
<p>Je te promets, <personne>Joseph</personne>, que, excepté elle, nul ne saura jamais un seul mot de ta révélation.</p>
<p>Et, d’ailleurs, tenez, continua <personne>Joseph</personne> en homme décidé, il y a déjà un temps que ce secret-là me pèse, et que j’éprouve le besoin de m’en décharger.</p>
<p>Parle donc, je t’écoute.</p>
<p>C’était le 29 décembre 1782 ; il y aura au mois de décembre prochain dix ans de cela, que, voyant une jolie gelée suivie d’une petite neige fine qui recouvrait à peine la terre, je me dis à moi-même : « <personne>Joseph</personne>, mon ami, voilà un joli temps pour faire un coup de fusil. » Sur quoi, je pris mon chien.</p>
<p><personne>Scipion</personne> ? demanda <personne>Jacques</personne>.</p>
<p>Non, son prédécesseur, qui n’avait pas un nom si ronflant, qui s’appelait tout simplement <personne>Canard</personne> ; et nous partîmes. Nous voilà en chasse : un coup de fusil par-ci, un coup de fusil par-là. Pif ! paf ! deux lièvres dans le carnier, l’un fera le civet, l’autre fournira la garniture ; pendant ce temps, la mère était restée à la maison, elle filait tranquillement sa quenouille, la bonne vieille. Tout à coup deux hommes masqués poussent la porte et entrent. Qui fut effrayée ? je vous le demande ; ce fut elle ! Elle crut qu’on venait pour m’arrêter, car les anciens seigneurs de <lieu>Chazelay</lieu><span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [les anciens seigneurs de Chazelay] Désormais, dans le feuilleton, le nom "Chazelay" est écrit "Chazelet".</annotation_genetique_edition> étaient durs aux braconniers, on disait même qu’ils en avaient fait pendre quelques-uns dans le parc du château, sous prétexte qu’ils avaient droit de justice sur leurs terres ; ces hommes la rassurèrent en lui donnant le bonjour avec la main ; puis l’un d’eux s’approcha d’elle, laissant en arrière son compagnon, qui avait l’air de porter un paquet sous son manteau.<nouvelle_ligne/>» – Femme, lui dit l’homme qui s’était approché d’elle, je sais que vous avez été bonne nourrice et bonne mère, quoique votre fils ait un peu tourné au chenapan...<nouvelle_ligne/>» – Oh ! monsieur, mon pauvre <personne>Joseph</personne> ! s’écria ma mère, peut-on dire... »<nouvelle_ligne/>» Mais lui l’interrompit.<nouvelle_ligne/>» – Ce n’est pas de lui qu’il est question, dit-il, mais de vous. Pourriez-vous vous charger d’un enfant ?<nouvelle_ligne/>» – Bien certainement, monsieur.<nouvelle_ligne/>» – L’aimeriez-vous ?<nouvelle_ligne/>» – Comme s’il était le mien, pauvre agneau !<nouvelle_ligne/>» – Vous êtes plus vieille que je ne croyais.<nouvelle_ligne/>» – Bon ! les petits enfants et les vieilles femmes, cela s’entend toujours.<nouvelle_ligne/>» – Mais, continua l’homme masqué, je dois vous dire une chose.<nouvelle_ligne/>» – Laquelle ?<nouvelle_ligne/>» – C’est que l’enfant est imbécile<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Imbécile : « Faible d'esprit et de corps, incapable. », « qui n’a plus ses idées », « Imbécile de corps et d'esprit, se dit d'une personne à qui l'âge ou les maladies ont ôté les forces du corps et affaibli la raison. », « Un imbécile, une imbécile, celui, celle qui a les facultés intellectuelles trop faibles pour se conduire. ». Dans ce cas, la jeune « Eva » avant qu’elle soit prise en charge par Jacques Mérey, est comme dénuée d’esprit, de réflexion, de force corporel. Elle est cliniquement « imbécile ».</annotation_topique_precision>.<nouvelle_ligne/>» – Elle n’en a que plus besoin de bons soins, répondit la mère.<nouvelle_ligne/>» – Ces soins, vous les lui donnerez, alors ?<nouvelle_ligne/>» – Oui ; mais, vous voyez, nous sommes pauvres ; il faudrait, pour que l’enfant ne manquât de rien, que les parents voulussent bien venir à notre secours.<nouvelle_ligne/>» – Combien vous faudrait-il par an pour la traiter comme votre fille ?<nouvelle_ligne/>» La mère calcula :<nouvelle_ligne/>» – Cent francs, monsieur, cela vous paraît-il de trop ?<nouvelle_ligne/>» – Vous aurez trois cents francs par an tant que l’enfant restera chez vous, et cinq cents francs tout de suite.<nouvelle_ligne/>» – Oh ! monsieur, pour ce prix-là, elle sera traitée comme une dauphine<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Dauphine : nom de la femme du dauphin de France, dauphin étant « Titre attaché à certaines seigneuries » (Littré). On parle donc de la noblesse.</annotation_topique_precision>.<nouvelle_ligne/>» – C’est bien ; voici les cinq cents francs et voici le premier mois. Chaque mois sera payé d’avance. Faites-moi un reçu des huit cents livres et de l’enfant.<nouvelle_ligne/>» – Ah ! monsieur, dit la mère, voilà le malheur ! c’est que je ne sais pas écrire.<nouvelle_ligne/>» – Diable ! fit l’homme en se retournant du côté de son compagnon, voilà qui est fâcheux !<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [voilà qui est fâcheux !] Fin de la partie du chapitre publiée dans <italique>Le Siècle</italique> du 12 janvier.</annotation_genetique_edition><nouvelle_ligne/>» J’étais là depuis les premiers mots de la conversation ; car, voyant entrer deux hommes chez ma mère, j’étais accouru vite et m’étais glissé par la petite porte du fournil<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Fournil : Pièce attenant au four, et où l'on pétrit la pâte. Ou Pièce où se font les lessives dans les campagnes. (Littré)</annotation_topique_precision>. J’avais donc tout entendu. Je m’avançai.<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [Je m'avançai.] Chacune des trois phrases du paragraphe forme un paragraphe distinct dans le journal.</annotation_genetique_edition><nouvelle_ligne/>» – Mais je sais écrire, moi, monsieur, dis-je à l’inconnu<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [dis-je à l'inconnu] "lui dis-je"</annotation_genetique_edition>, et je vais vous donner les reçus que vous demandez.<nouvelle_ligne/>» – Quel est cet homme ? s’écria le visiteur masqué.<nouvelle_ligne/>» – C’est mon fils <personne>Joseph</personne>, monsieur, celui que vous appeliez tout à l’heure un chenapan.<nouvelle_ligne/>» – Il n’est point question de cela, ma mère ; que ces messieurs m’appellent comme ils voudront, je sais que je suis un honnête homme ; cela me suffit.<nouvelle_ligne/>» Je tirai une plume et du papier de l’armoire, car je voyais dans le nourrissage de l’enfant une bonne affaire, et je ne voulais pas que la mère la manquât.<nouvelle_ligne/>» – Dictez, monsieur, dis-je en m’asseyant devant la table et m’apprêtant à écrire<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [et m'apprêtant à écrire]"et en m'apprêtant à écrire"</annotation_genetique_edition>.<nouvelle_ligne/>» L’homme s’appuya sur le dossier de ma chaise pour suivre ma plume des yeux et voir si j’écrivais bien ce qu’il dictait.<nouvelle_ligne/>» – Écrivez, dit-il.<nouvelle_ligne/>» J’écrivis :<nouvelle_ligne/>« Cejourd’hui, 29 décembre 1782, j’ai reçu d’un inconnu une petite fille de cinq ans reconnue idiote<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Idiote : relatif à l’idiotie, ou l’idiotisme : « Absence congénitale de l'intelligence, presque toujours concomitante d'un défaut de développement du cerveau. » (Littré). Affliction dont est frappée la jeune Eva avant l’intervention de Jacques Mérey.</annotation_topique_precision> et incurable ; je m’engage, au nom de ma mère et au mien, à la garder à la cabane ou dans tout autre domicile que je choisirai, jusqu’à ce qu’elle me soit réclamée par la personne qui me présentera ce reçu et l’autre moitié du louis d’or dont la première moitié sera ou plutôt est à l’instant même déposée entre mes mains. »<nouvelle_ligne/>» L’inconnu tira de la poche de son gilet un louis coupé en deux d’une façon bizarre, mais cependant dont les deux moitiés s’adaptaient parfaitement ; il m’en donna une et garda l’autre.<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [il m'en donna une et garda l'autre.]  Il y a ici un retour à la ligne dans le journal.</annotation_genetique_edition> Puis il continua :<nouvelle_ligne/>« Celui qui dépose l’enfant entre les mains de <personne>Joseph Blangy</personne> et de sa mère, outre la somme de huit cents francs qu’ils ont reçue à la signature des présentes, s’engage à leur payer tous les ans et d’avance la somme de trois cents francs. Et si l’un des deux meurt, au survivant des deux la même somme sera payée.<nouvelle_ligne/>» Quand l’enfant aura atteint l’âge de quinze ans, comme elle nécessitera peut-être de nouvelles dépenses, on prendra de nouveaux arrangements.<nouvelle_ligne/>» Selon les soins que l’on aura pris de l’enfant, une récompense sera donnée. »<nouvelle_ligne/>» – Signez, dit l’homme masqué ; signez pour votre mère et pour vous.<nouvelle_ligne/>» J’écrivis au bas du reçu :<nouvelle_ligne/>« Accepté pour moi et pour ma mère, avec engagement de me conformer à tout ce qui est porté à l’engagement ci-dessus.<nouvelle_ligne/>» <personne>JOSEPH BLANGY</personne>. »<nouvelle_ligne/>» – Et maintenant, monsieur, demandai-je à l’homme masqué, avez-vous d’autres recommandations à me faire ?<nouvelle_ligne/>» – Une seule.<nouvelle_ligne/>» – Laquelle ?<nouvelle_ligne/>» – Te taire.<nouvelle_ligne/>» – Cela nous est facile, à ma mère et à moi, répondis-je, car nous aimons la compagnie des animaux, des arbres, des choses qui ne parlent pas enfin. Dans cette cabane, nous ne voyons jamais personne, et, excepté <italique>bonjour</italique> et <italique>bonsoir</italique>, à peine ma mère et moi échangeons-nous deux paroles en deux mois. Le plus grand bavard de la maison, c’est <personne>Canard</personne>. Il ne parle pas, il est vrai, mais il aboie.<nouvelle_ligne/>» L’homme masqué qui avait joué un rôle actif dans toute cette histoire prit le reçu, le relut avec soin, le mit dans sa poche avec la moitié du louis d’or, et dit à ma mère :<nouvelle_ligne/>» – Allons, venez ici, et tendez votre tablier.<nouvelle_ligne/>» Ma mère s’approcha, fit ce qu’on lui demandait, et reçut dans son tablier la petite idiote à peu près dans l’état où vous l’avez vue.<nouvelle_ligne/>» – Comment s’appelle-t-elle, mon cher monsieur ? demanda ma mère.<nouvelle_ligne/>» Sans doute l’inconnu craignit-il que nous n’allions compulser<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Compulser : Rechercher dans des papiers ou des livres (Littré). On insinue que les braconniers auraient pu aller enquêter au sein de documents officiels pour trouver l’identité d’Eva, ou bien même ses origines, que cherchaient à cacher le duc de Chazeley. </annotation_topique_precision> les registres de baptême des environs<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [Sans doute l'inconnu craignit-il que nous n'allions compulser les registres de baptême des environs] "Sans doute l'inconnu craignait-il que nous allassions compulser les registres de baptême des environs"</annotation_genetique_edition>, car il répondit :<nouvelle_ligne/>» – Inutile que vous sachiez son nom, puisqu’elle ne répond à aucun nom ; qu’il vous suffise de savoir qu’elle est catholique.<nouvelle_ligne/>» Puis, se tournant vers moi :<nouvelle_ligne/>» – Tu as entendu ? dit-il, une seule chose t’est recommandée, le silence.<nouvelle_ligne/>» Les deux hommes sortirent ; mais, en sortant, l’un d’eux dit à l’autre :<nouvelle_ligne/>» – <personne>Scipion</personne> est resté.<nouvelle_ligne/>» Je m’aperçus alors seulement qu’un beau chien noir était allé se coucher près du feu, ni plus ni moins que s’il était chez lui.<nouvelle_ligne/>» – Eh bien ! <personne>Scipion</personne>, lui dis-je, tu n’entends pas qu’on t’appelle ?<nouvelle_ligne/>» <personne>Scipion</personne> ne bougea point.<nouvelle_ligne/>» J’allais le chasser pour qu’il suivît son maître, mais celui-ci :<nouvelle_ligne/>» – Gardez ce chien, dit-il ; il était très attaché à l’enfant, et l’enfant ne connaît que lui. Pour te dédommager de son entretien et de sa nourriture, j’engage ma parole que tu ne seras jamais inquiété comme braconnier par <personne>M. de Chazelay</personne>.<nouvelle_ligne/>» Et il sortit en disant :<nouvelle_ligne/>» – Reste, <personne>Scipion</personne>, reste !<nouvelle_ligne/>» Permission dont le chien paraissait bien résolu de se passer.<nouvelle_ligne/>» Et maintenant, monsieur <personne>Jacques</personne>, continua le braconnier, vous en savez autant que moi.</p>
<p>Et la rente vous fut toujours exactement payée.</p>
<p>Rubis sur l’ongle<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Rubis sur l’ongle : payer l’intégralité de la somme indiquer, de façon immédiate, sans faire d’histoire. </annotation_topique_precision>.</p>
<p>Par qui ?</p>
<p>Par le second homme masqué.</p>
<p>Et, lors des différentes visites qu’il vous a faites, vous n’avez rien pu saisir dans ses paroles ?</p>
<p>Il n’a jamais dit un mot. Je le crois sourd et muet. Quand il parlait avec son compagnon, il lui parlait avec les doigts, et l’autre répondait de même.</p>
<p>Et vous ne savez rien de plus, <personne>Blangy</personne> ?</p>
<p>Non.</p>
<p>Sur l’honneur ?</p>
<p>Sur l’honneur !</p>
<p>Retournez chez vous et montrez-moi la moitié du louis d’or ; vous l’avez conservée, je suppose ?</p>
<p>Il ne faut pas le demander ! elle est dans le reliquaire<span class="appel"/><annotation_topique_precision>[Par AmelieDelattre] Reliquaire : « Sorte de boîte, de coffret, etc. où l'on enchâsse des reliques » (Littré)</annotation_topique_precision> de ma mère, avec un os du petit doigt de <personne>sainte Solange<span class="appel"/><annotation_topique_reference>[Par AmelieDelattre] Os du petit doigt de Sainte Solange : Sainte Solange était la fille d’un berger. Alors qu’elle gardait le troupeau, le fils d’un conte tenta de l’enlever. Elle se débattit, tombant tous deux de cheval, l’homme décida de la punir en lui coupant la tête. Jésus aurait alors récupéré son corps et depuis elle aurait le don de guérir les malades et de faire fuir ce qui est en rapport avec le diable. C’est une des Saintes patronne du Berry, lieu important dans l’histoire du Docteur Mystérieux</annotation_topique_reference></personne>.</p>
<p>Le docteur se leva et prit le chemin de la cabane.</p>
<p>Dix minutes après, ils étaient arrivés, et <personne>Joseph</personne> remettait la pièce<span class="appel"/><annotation_genetique_edition>[Par GaelleGuilissen] [la pièce] "la pièce d'or"</annotation_genetique_edition> au docteur.</p>
<p>C’était en effet la moitié d’un louis à l’effigie de <personne>Louis XV</personne> et au millésime de 1769.</p>
<p>Cette moitié n’avait rien de particulier, que le soin qu’on avait pris de la tailler en zigzag pour rendre impossible une erreur ou une tromperie.</p>
<p>Le docteur n’en savait pas beaucoup plus que lorsqu’il était parti ; seulement, au lieu du doute, il avait la certitude qu’<personne>Éva</personne> n’était pas la fille du braconnier.</p>
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